Du solide contre les Etats terroristes
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Depuis un certain nombre d’années, Israël domine le marché des avions sans pilotes (UAV, Unmanned Aircraft Vehicle). Les aéronefs qu’il procure sont en service dans 42 pays ; les missions qu’ils sont capables d’accomplir sont multiples, elles vont de la lutte contre les incendies de forêts aux activités de régulation policière du trafic automobile. Le chiffre d’affaire annuel de l’Etat hébreu dans ce domaine avoisine les 500 millions de dollars. Montant auquel il convient d’ajouter la vente de licences de fabrication, notamment en Allemagne et aux Etats-Unis, ainsi que les acquisitions à caractère stratégique par des pays alliés, qui ne figurent pas dans la comptabilité officielle.
L’usage de pointe de ces avions concerne évidemment la sphère militaire. Les drones israéliens ont ainsi effectué à ce jour plus de 7 000 missions en Afghanistan et au Pakistan contre les Taliban et Al-Qaeda. Officiellement, il s’agit d’opérations de reconnaissance, mais il est de notoriété publique que ces appareils sans pilotes effectuent, sur ce théâtre d’opérations, des activités d’attaque au sol, grâce notamment à leurs caméras ultrasophistiquées et aux missiles qu’ils peuvent emporter.
A Gaza, lors de l’Opération Plomb Fondu, fin 2008 début 2009, ils étaient complètement intégrés dans l’appareil de guerre de Tsahal. Depuis, leur usage ne fait qu’augmenter, en parallèle avec leur niveau de sophistication. L’un des objectifs à long terme de l’introduction des drones dans l’armada moderne est sans aucun doute le remplacement des appareils "habités". On pense, avec raison, de prime abord, à la réduction du danger pesant sur les pilotes, mais ça n’est là que l’une des raisons du remplacement graduel des appareils traditionnels par des robots volants.
En effet, les drones actuels sont capables de missions dépassant largement les capacités de résistance, de concentration et de pilotage de l’être humain. Et cela commence dans l’infiniment petit, avec le Parpar, le papillon, et son poids de 35 grammes, lui permettant, par exemple, de s’introduire dans un local où a lieu une prise d’otages et de renseigner les forces d’intervention sur le nombre, l’équipent, la disposition et l’état de fraîcheur des terroristes. A l’opposé du Parpar, on découvre avec une stupéfaction non encore apaisée l’Eitan (le Solide), dont les dimensions extérieures sont celles d’un Boeing 737. Un véhicule qui est en train de modifier les principes de la guerre, rien que cela.
Les deux premiers prototypes de l’Eitan (Héron TP à l’exportation) auraient pris l’air en 2004 déjà . J’utilise le conditionnel pour la raison que certains aspects du projet demeurent ultrasecrets ; les spécifications rendues publiques, ainsi que les exemplaires livrés à l’étranger ne comportant pas forcément tous les derniers développements réalisés sur la machine. Tous les chiffres sont sujets à des interprétations diverses ; ainsi, selon les indications fournies par ses concepteurs, il aurait une autonomie de vol de 26 heures, tandis que pour l’AFP, ce seraient 36, et à en croire Jane’s, la bible du microcosme de la défense, pas moins de 50 heures.
Le rayon d’action de base d’Eitan devrait se situer autour des 8 000 kilomètres, de quoi survoler l’Iran sur 5 000 kilomètres et faire sereinement ses "petites et ses grosses affaires". De plus, ce grand rapace peut à la fois avitailler d’autres appareils en vol et également y remplir ses propres réservoirs ; ce qui fait qu’Eitan peut demeurer en mission sans atterrir durant plusieurs jours voire plusieurs semaines. Imaginez simplement l’état de fatigue et de stress d’un équipage passant des dizaines d’heures au-dessus de la Perse, dans la conjoncture de presque conflit qui prédomine, et vous comprenez déjà l’un des atouts maîtres de cet oiseau volant de ses propres ailes.
Et à ce propos, point de métaphore : Eitan est équipé du système ATOL, lui permettant de décoller et d’atterrir sans aucune intervention humaine. Ses autres équipements standards l’autorisent à voler par tous les temps, y compris en condition de gel, et ses circuits d’avionique sont triplés, un niveau de sécurité dont sont dépourvus moult aéronefs civils. A ce propos, cet avion sans pilote est conçu selon les normes très strictes de l’aviation civile, ce qui l’autorise à survoler les territoires habités. Eitan, à pleine charge, peut enlever entre une et deux tonnes de charge payante (selon les sources), ce qui, en valeur absolue et avec un brin d’imagination, lui permettrait de transporter sans problème le poids d’une bonne quinzaine de passagers, plusieurs fois entre Tel-Aviv et Paris et sans avoir à se soucier du carburant.
Volant à 40 000 pieds, comme les Boeings et les Airbus, les passagers seraient rendus-posés dans des conditions de sécurité de vol semblables ou supérieures à celles que lui garantissent leurs compagnies aériennes préférées. Même si, sur Eitan, l’aventure durerait une huitaine d’heures, car il n’est absolument pas destiné à ce genre d’exploit, il ouvre, dans ce domaine du transport aérien également, des possibilités extraordinaires. Mais le plus grand robot volant israélien est avant tout une arme de guerre, plus précisément une plateforme modulaire volante, le rendant capable d’effectuer une multitude de tâches, et d’être rééquipé au sol pour des missions différentes en un temps record.










